transmettre la Sagesse. Merlin quitta alors sa solitude pour emprunter les chemins afin de témoigner auprès des humains. Après l’Ère du Bélier, qui était celle de la Force, l’Ère du Poisson, celle de l’Amour, s’affirmait désormais. Il fut le passeur en Occident d’un plan à un autre plan. Solitaire, il était la figure emblématique du Chaman Celte, du Déo (en breton, Chêne, l’être du Bois). À partir de cette filiation, de multiples Déos allaient à nouveau peupler la Bretagne. Ermites dans les forêts, au bord des fontaines ou au milieu d’une famille à cultiver la terre, ils témoignaient des vertus de l’ancienne Sagesse nourrie par le cœur. C’est à cette époque, quand Clovis devint le premier roi chrétien, que la religion catholique s’implanta dans la population.

Les Déos furent annexés malgré eux en Saints chrétiens. En Bretagne, près de neuf cents Saints primitifs du cinquième au septième siècle furent recensés. Ces Saints, non labellisés par le Vatican, étaient presque aussi nombreux que les villages. Ces chamans étaient Druides solitaires, Guérisseurs ou Ermites et maintenaient leur communauté en équilibre. Il régnait à cette époque une paix civile et Spirituelle. La nouvelle loi christique ne posait aucun problème à ces Hommes-médecines qui s’en sentaient eux-mêmes détenteurs. C’est vers le septième siècle que la situation allait se gâter.

Il y avait des affinités manifestes entre la religion chrétienne et le druidisme, même si les Celtes païens observaient le christianisme comme un dogme terne, manquant d’éclat spirituel. En effet, la vision d’un Monde coloré et fier qu’offraient les Dieux des Celtes, ajouté à l’excitation des voyages Chamaniques dans les autres Mondes, supplantait la vision d’un paradis chrétien terne et simpliste. Les Druides et les Chamans étant à leurs yeux plus vivants et plus proches d’eux que les ascètes moines chrétiens.

Mais la religion romaine s’infiltrait doucement et sûrement dans les populations. Saint Patrick, le Breton (385-462 ap. J.-C.) traversa la Manche et alla évangéliser l’Irlande. Finalement, nous lui devons beaucoup car les moines adeptes de leur mentor, ont consigné sur des manuscrits la Tradition orale Celte. Même s’ils l’ont christianisée, ils ont aussi permis que la culture Celtique perdure.

Le druidisme, les Chamans Celtes et les premiers chrétiens faisaient bon ménage. C’est au septième siècle que le Celtisme va se séparer en deux. D’un côté, les Druides qui vont se réfugier dans les monastères chrétiens, car la pression politique et dogmatique devenait insupportable et dangereuse. Pour eux, c’était naturel car ils ont toujours eu une forte aspiration religieuse. Ils étaient à l’aise dans ce système bâti sur une vision mystique et hiérarchique. L’ordre leur était déjà familier, ils ne pouvaient s’y fondre qu’avec facilité. De l’autre, solitaires, les Déos, les Chamans Celtes, fidèles à l’esprit originel de l’ancienne Sagesse (qui va être développé abondamment dans ce Cahier). Ils vont se retirer du Monde ou se fondre dans la communauté des hommes afin de se protéger de la maltraitance et des persécutions à venir. Ils vont petit à petit rentrer dans le secret et la transparence. Leur survie en dépend ainsi que celle du message dont ils sont porteurs.

C’est également à cette époque que le clergé irlandais se développe dans une certaine autonomie. Nous l’avons vu, nombre de Druides vont le rejoindre. Jusqu’au treizième siècle, les moines Gallois résistent au centralisme dogmatique du Vatican. Devant l’hégémonie romaine, l’église Celte finira par décliner. Il faudra attendre le vingtième siècle pour qu’elle retrouve un peu de vitalité.